Julieth Mars Toussaint
BIOGRAPHIE
Julieth peint de la main gauche, sa droite lui semblant trop habile. Il s'éloigne de l'exactitude pour privilégier les anomalies de ses compositions, bannit la recherche de perfection et lui préfère la fragilité humaine et dérangeante de ses sujets, abandonne le réalisme pour le double paradoxe d'une maladresse calculée et d'une habileté de trait hyper instinctive.
Ce natif de Martinique peut se permettre de désapprendre les leçons du passé, le succès de son travail "Back to classicism" en a témoigné.
Né en 1957 en Martinique, Julieth suit des études de graphiste. Le service militaire agit sur notre artiste comme un révélateur. Il va rencontrer, réunis dans une drôle de section spéciale, tout ce que la Grande Muette compte d'insoumis, d'antimilitaristes, de poètes, de musiciens, de peintres. A son retour, il n'est plus le même homme et entre dans le monde de la mode où il devient dessinateur. Mais les années passent et il sent bien que ce monde artificiel n'est pas le sien. Ses démons négatifs reprennent le dessus. Il passe de la création à la haute couture... Puis il 'lâche la rampe". Premier intermède, première glissade, premier dérapage. Il se raccroche à la peinture qu'il pratiquait en double commande. Désormais, il ne veut plus qu'elle et en explore tous les méandres. Il vivra près de 10 ans à Berlin, celui de Tacheles, des squats et de la créativité. La peinture pour la peinture, en fuyant tout ce qui peut ressembler à de la facilité. Il se méfie comme d'une guigne des artifices si faciles à reproduire. Les temps sont durs, l'argent manque, il va rencontrer la belle Anna. Une délicieuse allemande qui a la suprême délicatesse de parler français, sans l'ombre d'un accent. La maladie d'un de ses enfants fut involontairement l'origine d'une série splendide sur le thème des fleurs. L’âme de Julieth est composée de feu et de cristal, voilà pourquoi il privilégie la force de l’esprit, dépeint la vie baignée d’une superbe lumière, avec une authenticité qui échappe aux diktats des tendances. Sa peinture crée un rapport paisible entre la fierté de l’homme et sa pudeur. Il n’oppose pas les essentiels de chacun, non, il les rend évident. Si la couleur est sa source, sa vérité n’est pas une doctrine. D’ailleurs il n’est de libre que quelqu’un qui va vers quelque part. C’est parce qu’il a conscience de la profondeur des choses, de la béance du chaos, de cette philosophie qui excuse tout, écrase tout, que sa peinture découle avant tout d’une intuition qui se fait action. L’intelligence discursive de Julieth n’a guère de considération pour les idéologies. En même temps qu’il cache sa souffrance, il favorise dans l’homme cette plénitude qui est sa quête, fuit ces querelles qui lui semblent si misérables et l’avilisse. Pour Julieth, ce qui importe n’est pas de s’élever au-dessus de l’autre, mais de s’élever avec l’autre. Si le sacrifice façonne le meilleur des hommes, il ne délivre pas le bagnard de son humiliation. Ah, s’il pouvait tracer une route vers un puits ! L’oeuvre de Julieth provoque une émotion si particulière que le jour où la paix s’installera en nous, elle ne pourra qu’être authentique. Un proverbe swahili dit que le coeur ignore les frontières. Par sa peinture, Julieth le prouve. William Grunler, oct.2011





